Home»Actualité»La tuberculose latente un phénomène ignoré au Maroc

La tuberculose latente un phénomène ignoré au Maroc

6
Shares
Pinterest Google+
 

La tuberculose est l’une des 10 maladies qui tuent le plus dans le monde. C’est pourquoi chaque année l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a institué la Journée mondiale de la lutte contre la tuberculose, célébrée chaque année 24 mars. Et pourtant cette maladie peut être prévenue et est guérissable ! Provoqué par une bactérie (Mycobacterium tuberculosis), elle touche surtout les poumons. La maladie présente aussi une particularité bien souvent ignorée et peu médiatisée : elle peut rester, toujours ou longtemps, « cachée » dans notre corps sans se déclarer : c’est ce qu’on appelle la tuberculose latente, un phénomène potentiellement dangereux et qui mériterait une large sensibilisation au Maroc.

LA TUBERCULOSE : LA MALADIE INFECTIEUSE QUI PROVOQUE LE PLUS DE DECES DANS LE MONDE

La tuberculose se transmet d’une personne à l’autre par voie aérienne. Quand une personne en est atteinte et qu’elle touche les poumons, elle tousse, éternue ou crache, en projetant des bacilles tuberculeux dans l’air. Il suffit alors qu’une autre personne à proximité en inhale seulement quelques-uns pour en être infectée à son tour. Selon l’OMS, 1,7 million de personnes en sont mortes en 2016. Plus de 95% de ces décès surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Cette pathologie se complique actuellement d’une augmentation de la résistance aux antibiotiques empêchant sa guérison. La tuberculose multirésistante est devenue une véritable crise de santé publique et une menace pour la sécurité sanitaire à cause de la perte d’efficacité, dans certains cas, de la rifampicine, le médicament le plus efficace.

.Au Maroc, la tuberculose reste encore un problème de santé : 27.000 à 28.000 nouveaux cas sont dépistés annuellement, selon le ministère de la Santé. Pauvreté, malnutrition et habitat insalubre expliquent sa persistance, en particulier dans les grandes métropoles urbaines comme Casablanca, Rabat, Fez ou Tanger.

LA TUBERCULOSE LATENTE UN PHENOMENE POTENTIELEMENT DANGEREUX

Environ un quart de la population mondiale est porteuse d’une tuberculose latente, ce qui signifie que ces personnes ont été infectées par le bacille tuberculeux mais ne sont pas (encore) malades et ne peuvent pas transmettre la maladie.

Elle se traduit par une absence de signes cliniques et d’anomalie sur une radiographie thoracique. On ne détecte la présence de la bactérie, myco­bacterium tuberculosis, que par un test immunologique. Chez ces personnes infectées, le risque de développer la maladie au cours de l’existence est de 10 %. Chez l’enfant, ce risque est plus élevé et peut atteindre jusqu’à 40 % chez les moins de un an. Ce risque est également plus important chez les sujets dont le système immunitaire est affaibli (personnes en traitement pour une maladie auto-immune, atteintes de SIDA…), souffrant de malnutrition ou de diabète, ou encore les fumeurs.

Ce problème de santé publique est ignoré de beaucoup de marocains alors que l’OMS, consciente des grands dangers de ce phénomène, préconise de traiter la tuberculose latente :

– chez l’enfant de moins de 15 ans ;

– chez le patient immunodéprimé ou qui risque de le devenir ( à cause des traitements) ;

– chez l’adulte sain lorsque cette infection est récente.

Ce traitement est proche de celui d’un malade déclaré mais avec un protocole différent, reposant sur l’emploi d’antibiotiques anti-bacillaires (Isoniazide, rifampicine).

DES LIENS ET DES INTERACTIONS AVÉRÉS ENTRE LES INFECTIONS ET LES MALADIES AUTO-IMMUNES

L’Association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS), avait alerté en 2016, lors de sa 6e Journée de l’auto-immunité, sur les risques d’interactions entre les infections et les maladies auto-immunes, en particulier à propos de la tuberculose latente. On rappellera qu’une maladie auto-immune est provoquée par un dysfonctionnement du système immunitaire, censé normalement de protéger notre corps des agressions extérieures provenant de différents virus, bactéries, champignons… Pour des raisons non élucidés, le système immunitaire se met à attaquer nos propres organes et cellules

On sait bien maintenant que certains virus et bactéries inter-réagissent dans plusieurs maladies auto-immunes. C’est le cas notamment du virus Epstein Barr, impliqué dans la survenue du lupus, du cytomégalovirus dans le syndrome des antiphospholipides et de l’helicobacter pylori dans le Gougerot-Sjögren et le purpura thrombocytopénique idiopathique. Au Maroc, et malgré une nette diminution de leur prévalence, les pathologies infectieuses constituent encore un problème de santé publique. Les spécialistes pensent que ces affections risquent d’accroître et d’aggraver les maladies auto-immunes et systémiques. Pour minimiser tous ces risques, un certain nombre de recommandations avaient été émises en 2016 par l’association quant à la nécessité :

– d’une bonne utilisation des antibiotiques dans un contexte marqué par la progression du phénomène de résistance des maladies infectieuses aux antibiotiques : cela passe par une identification exacte de la pathologie en cause, en particulier, par exemple, dans le traitement des angines. Un prélèvement de gorge systématique devrait être opéré avant tout traitement de celles-ci, sachant que la majorité est d’origine virale ;

– de précautions à prendre pour une bonne utilisation des traitements immuno-suppresseurs biothérapiques qui comportent quelques risques infectieux : cela passe par une connaissance plus stricte du dossier médical du patient (sachant que la réalité marocaine est faite malheureusement de nomadisme médical et d’absence de dossier médical unique !) et la mise en place d’infrastructures de microbiologie sur tout le territoire marocain ;

– de recherche systématique avant tout traitements biothérapiques aussi de la bactérie Mycobacterium tuberculosis, sachant que la tuberculose latente peut devenir active avec cette thérapeutique.

Casablanca, le 23 mars 2013

Dr MOUSSAYER KHADIJA الدكتورة خديجة موسيار

اختصاصية في الطب الباطني و أمراض الشيخوخة Spécialiste en médecine interne et en Gériatrie

Présidente de l’Alliance des Maladies Rares au Maroc رئيسة ائتلاف الأمراض النادرة المغرب

Présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS) رئيسة الجمعية المغربية لأمراض المناعة الذاتية و والجهازية

Vice-président du Groupe de l’Auto-Immunité Marocain (GEAIM)

TROIS ANNEXES

– Un autre exemple : le rhumatisme articulaire aigu

– Qu’est ce qu’une maladie auto-immune

– Pour en savoir plus : des références

UN AUTRE EXEMPLE D’INTER-REACTION ENTRE UNE INFECTION ET UNE MALADIE AUTO-IMMUNE : LE RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU UNE MALADIE ENCORE TROP SOUVENT MORTELLE AU MAROC

Le rhumatisme articulaire aigu (RAA) est une maladie auto-immune consécutive à une infection des voies aériennes supérieures (angine) par un streptocoque (le streptocoque bêta-hémolytique du groupe A).

Le RAA affecte surtout les enfants entre 5 à 15 ans. Les manifestations les plus fréquentes sont une fièvre, une polyarthrite et une cardite (inflammation des tissus du cœur). Des mouvements involontaires et contractions des muscles du tronc et des extrémités (appelés chorée de Sydenham ou danse de Saint-Guy) se produisent parfois aussi chez les enfants.

La maladie met le pronostic vital en jeu en entraînant des pathologies des valves cardiaques (les valves sont des clapets à l’entrée et la sortie et entre les différentes parties du cœur). C’est une pathologie fréquente surtout dans les pays pauvres où elle provoque encore la mort de nombreuses personnes de moins de 50 ans.

Le traitement inclut : 1) le traitement de la pharyngite par pénicilline visant à l’éradication du streptocoque, 2) un traitement anti-inflammatoire, 3) une prophylaxie secondaire par antibiotiques afin de prévenir le retour du RAA. Le pronostic est généralement bon après un épisode initial de RAA, et toutes les manifestations se résolvent complètement, à l’exception des valvulopathies qui peuvent progresser avec le temps, surtout lors d’épisodes ultérieures de cette affection.

Lorsque quelqu’un a déjà eu un RAA, en cas de nouvelle infection streptococcique, il aura 50 % de chances d’en redévelopper un nouveau. Au cours de ces récidives, les risques d’atteintes cardiaques et leur gravité augmentent. La maladie nécessite alors une prise en charge médicale chronique pour l’insuffisance cardiaque, et éventuellement, le remplacement chirurgical de la valve.

QU’EST-CE QU’UNE MALADIE AUTO-IMMUNE ?

Une maladie auto-immune est une pathologie provoquée par un dysfonctionnement du système immunitaire : des cellules spécialisées et des substances, les anticorps, sont censées normalement protéger nos organes, tissus et cellules des agressions extérieures provenant de différents virus, bactéries, champignons… Pour des raisons encore non élucidés, ces éléments se trompent d’ennemi et se mettent à attaquer nos propres organes et cellules. Ces anticorps devenus nos ennemis s’appellent alors « auto-anticorps ».

Parmi les maladies auto-immunes, on peut citer des maladies connues : la maladie de Basedow (hyperthyroïdie), la thyroïdite chronique de Hashimoto (hypothyroïdie), le lupus érythémateux disséminé (LED), la myasthénie, la Sclérose en plaques (SEP), le diabète de type 1, la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite, la maladie cœliaque (intolérance au gluten), la maladie de Crohn…

Et des maladies plus rares et peu connues : le syndrome de Goodpasture, le pemphigus, l’anémie hémolytique auto-immune, le purpura thrombocytopénique auto-immun, la polymyosite et dermatomyosite, la sclérodermie, l’anémie de Biermer, la maladie de Gougerot-Sjögren, la glomérulonéphrite…

Ces pathologies constituent un grave problème de santé publique du fait de leur poids économique et humain : 3ème cause de morbidité dans le monde après les maladies cardiovasculaires et les cancers, elles touchent en effet environ 10 % de la population mondiale et occupent le troisième poste du budget de la santé dans les pays développés. Enfin, dernier point mais pas le moindre, ces maladies concernent les femmes dans plus de 75 % des cas

POUR EN SAVOIR PLUS

– Tuberculose – Aide-mémoire, Organisation Mondiale de la Santé Janvier 2018

http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs104/fr/

– Directives pour la prise en charge de l’infection tuberculeuse latente Organisation Mondiale de la Santé 2015

http://www.who.int/tb/publications/ltbi_document_page/fr/

– Résumés des interventions de la sixième journée de l’auto- immunite 2016 : infections et maladies auto-immunes et systémiques – AMMAIS- Published on Nov 7, 2016 https://issuu.com/khadijamoussayer/docs/resumes_des_interventions_de_la_six

– Journal de biologie médicale : des liens avérés entre les infections et les maladies auto immunes – Association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS) – Published on Mar 22, 2017 https://www.slideshare.net/KhadijaMoussayer/journal-de-biologie-mdicale-des-liens-avrs-entre-les-infections-et-les-maladies-auto-immunes

– Dr Moussayer Khadija – Sixième journée de l’auto-immunité : quand une infection banale se transforme en une pathologie chronique – Oujdacity 02/11/2016

Sixième journée de l’auto-immunité : quand une infection banale se transforme en une pathologie chronique

– Dr Moussayer Khadija – Recommandations de la 6ème journée de l’auto-immunité – Café-Med : 1er forum des médecins et étudiants en médecine 10/01/2017

http://fmpf.clicforum.com/t20440-RECOMMANDATIONS-DE-LA-6-me-JOURNEE-DE-L-AUTO-IMMUNITE.htm

MédiocreMoyenBienTrès bienExcellent
Loading...

No Comment

Leave a reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *